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Dans la tête d’un marcheur

Yohann Diniz, champion du 50 km marche

© AFP

A quoi pense un marcheur pendant un 50 km ? S’ennuie-t-il ? Trouve-t-il le temps long ? Yohann Diniz, le double champion d’Europe, et son entraîneur, Pascal Chirat, répondent. Surprenant.

Pascal, combien de temps dure un 50 km marche ?

Pascal Chirat : « A Barcelone, Yohann l’a emporté en 3 h 40’37’’. Le 50 km marche est, de loin, la plus longue épreuve de l’athlétisme, en distance et en temps. »

 

 

Que se passe-t-il dans la tête d’un marcheur pendant ces 3 h 40’ ?

Yohann Diniz : « Des tas de choses. Mentalement, on passe par toutes sortes de phases et d’états. L’euphorie, le doute, l’impatience, la crainte, voire la panique. Mais il faut rester concentré. Savoir contrôler ses émotions, sans jamais se laisser déborder par l’une ou l’autre. Un excès d’euphorie, lorsque les sensations sont très bonnes, peut vous pousser à trop accélérer l’allure. Au risque de le payer plus tard. A l’inverse, un moment de doute peut vous faire perdre confiance. On se met alors à gamberger. Et la concentration s’échappe. »

Comment parvient-on à garder le contrôle de sa tête ?

Pascal Chirat : « Avec l’expérience, Yohann possède maintenant, dans sa « boite à outils », les clefs pour gérer tous les états psychologiques. De mon côté, sur le bord de la route, je dois surveiller son allure et son visage pour y décrypter son état mental. A moi ensuite, en un mot, un geste ou un regard, de le maintenir ou le remettre dans un processus de pensées positives. »

La tête se travaille comme le corps, à l’entraînement ?

Yohann Diniz : « Bien sûr. L’entraînement permet de mémoriser des situations physiques et mentales. Une fois en course, on se sert de ses « souvenirs » pour trouver la bonne attitude. Ces deux dernières années, j’avais perdu confiance. Je stressais trop. J’ai donc utilisé les services d’une sophrologue. Elle m’a aidé à me relâcher et à rester zen. »

On s’ennuie, pendant un 50 km marche ?

Yohann Diniz : « Pas une seconde. Il faut contrôler sa technique, son allure, son état mental. Ca passe très vite. »

Et à l’entraînement ?

Pascal Chirat : « Les gens le pensent. Ils me demandent souvent comment Yohann ou moi supportons la monotonie de sorties de 30 km, voire plus, presque tous les jours. Mais, en réalité, je ne vois pas le temps passer. Entre le chrono, les conseils techniques, le ravitaillement en eau ou en gels, il y a toujours quelque chose à faire. Yohann parcourt environ 5 à 6000 km par an à l’entraînement. Pour l’essentiel, je suis à ses côtés, sur le vélo. »

Vous vous parlez ?

Pascal Chirat : « Bien sûr. Dans les séances d’endurance, qui sont les plus nombreuses, l’allure permet de parler. Alors, nous bavardons. De tout et de rien, de l’actualité, de l’humeur du moment, de sport… »

Vous avez un sujet de conversation favori ?

Pascal Chirat : « En juillet dernier, avant les championnats d’Europe de Barcelone, nous parlions beaucoup du Tour de France. L’étape de la veille, et celle de la journée. On commentait. Sinon, Yohann est un grand passionné de vin. Alors, on parle beaucoup de la vigne, des vendanges et d’œnologie. »

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