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Chris Solinsky, l’intrus américain

L'Américain Chris Solinsky, un grand coureur pas comme les autres

© AFP

Le coureur du Wisconsin n’avait rien pour s’imposer en demi-fond. Il en détient pourtant aujourd’hui deux singuliers records.

Plus jeune, ses copains de collège le surnommaient parfois « grassouillet ». Chris Solinsky n’a jamais été obèse. Mais il avait un léger embonpoint. Aujourd’hui encore, le coureur américain fait figure d’intrus dans un peloton de demi-fond. La maigreur a toujours été de bon ton sur 5000 et 10 000 m, ses deux distances de prédilection. Avec ses 73 kilos, pour une taille de 1,85 m, on le prendrait volontiers pour un perchiste, voire un décathlonien. Depuis le début de la saison, ce fils de fermier est pourtant entré dans l’histoire de la course de fond. En réalisant 26’59’’60 dans un meeting sans renom, sur le campus de l’université de Stanford, le 1er mai dernier, il est devenu le premier non Africain sous les 27 minutes au 10 000 m. Au passage, Chris Solinsky s’est offert un autre record, plus anecdotique : celui du seul athlète de plus de 1,80 m et 70 kilos sous cette barrière des 27 minutes.

« Depuis mes débuts, on a souvent essayé de me dissuader d’insister dans le demi-fond, explique-t-il. Beaucoup de gens me répétaient que j’étais beaucoup trop lourd pour réussir. Moi, j’y ai toujours cru. Mes parents aussi. Ils m’ont soutenu. J’avais la foi et la passion de la course à pied. » Son amour de jeunesse était pourtant le soccer. Chris Solinsky s’y voyait faire carrière, en milieu de terrain ou au centre de l’attaque. Mais ses parents l’ont persuadé d’essayer le cross-country, après qu’il ait gagné une petite compétition scolaire. Il avoue aujourd’hui avoir eu le coup de foudre. « Je me suis mis à lire tout ce que je trouvais sur la question, dit-il. Magazines, articles de journaux, forums sur Internet… »

La suite de l’histoire ressemble à un long chapelet de succès. Très vite, Chris Solinsky devient la terreur des courses scolaires, puis universitaires. En 2007, il met un terme à ses études avec, en poche, un diplôme en histoire et sociologie. Mais l’année suivante, il échoue aux sélections pour les Jeux de Pékin, sur 5 000 m. « J’étais effondré et inconsolable », résume-t-il. L’échec est long à oublier, mais l’Américain s’accroche. Il quitte son Wisconsin natal pour s’installer près de Portland, en Oregon, le seul état des Etats-Unis où l’athlétisme déplace les foules.

Marié à une sauteuse à la perche rencontrée à l’université, Chris Solinsky rêve d’une médaille olympique, sur 10 000 m, aux Jeux de Londres en 2012. « Ensuite, je passerai au marathon », prévient-il. Son gabarit fera sans doute encore contraste, dans le peloton des meneurs. Mais, à l’arrivée, plus personne ne devrait encore l’appeler « grassouillet ».

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