Objectif Londres

Carolina Klüft, de l’heptathlon à la longueur

La Suédoise Carolina Klüft, ex-star de l'heptathlon, se reconvertit au saut en longueur

© AFP

La Suédoise dominait l’heptathlon de toute sa classe. Elle lui a pourtant tourné le dos pour se consacrer au saut en longueur. Sans regret. Elle respire aujourd’hui la joie de vivre.

Les idées les plus fausses ont longtemps circulé à propos de Carolina Klüft. A la voir croquer à pleines dents dans toutes les compétitions placées sur sa route, on l’imaginait aisément dévorée par l’ambition. A l’observer sauter à pieds joints sur la plus haute marche du podium, en toutes circonstances, on la devinait motivée seulement par la victoire. A tort. Depuis plus de deux ans, la Suédoise n’a plus aperçu son reflet dans le métal d’une médaille. « Mais je suis heureuse, assure-t-elle d’une voix où ne perce aucun doute. Heureuse de m’entraîner, heureuse de me rendre aux compétitions. Je prends beaucoup de plaisir à ce que je fais. Et j’envisage l’avenir avec beaucoup d’envie. » Petit rappel des faits. En mars 2008, à quelques mois des Jeux de Pékin, Carolina Klüft annonce renoncer à l’heptathlon pour se consacrer à la longueur et au triple-saut. Elle vient alors de fêter son 25ème anniversaire, mais son palmarès compte déjà une victoire olympique, trois médailles d’or mondiales et deux titres européens. Sur le moment, le petit monde de l’athlétisme peine à comprendre. Aujourd’hui, la jeune femme s’explique : « Je n’appréciais plus assez ce que je faisais. Le plaisir était en train de me quitter. Je risquais de me perdre, de continuer à avancer non pas en écoutant mes propres désirs, mais pour respecter les attentes des autres. »

A Pékin, la Suédoise n’a même pas atteint la finale du saut en longueur. Elle a pris la neuvième place, avec 6,49 m. Et elle a disparu dès les qualifications du triple-saut. Depuis, une sérieuse blessure aux tendons l’a écartée des pistes pendant près de dix mois, l’an passé. Mais Carolina Klüft reste fidèle à sa ligne de conduite. « Je suis désormais une sauteuse en longueur, et je le serai jusqu’aux Jeux de Londres en 2012. Et tant pis si je ne retrouve pas la première place. J’ai déjà remporté une médaille d’or olympique, je n’ai pas besoin d’en avoir une deuxième. Je n’ai jamais été motivée par le succès. Avant toute chose, j’ai toujours recherché un certain équilibre. Le reste, les podiums, les honneurs, ne compte pas tant que cela. » A un journaliste anglais, la jeune femme avouait en début d’année que l’ambiance des épreuves combinées et ses rivales de l’heptathlon lui manquaient souvent. « Mais la compétition, pas du tout. » Elle assure se sentir « mentalement et physiquement rajeunir ». Elle explique « espérer sauter au moins 7 m en longueur » (son record personnel est de 6,97 m) avant la fin de sa carrière. « Mais si je n’y parviens pas, je n’en ferai pas un drame. La vie est courte. Le plus important est d’y être en accord avec soi-même. »

Pleinement satisfaite de son sort, Carolina Klüft se refuse à se fixer un objectif chiffré, pour cette saison comme pour les suivantes. Seule certitude, elle abandonnera l’athlétisme une fois sa carrière terminée. « Je ne me vois pas devenir entraîneur, dit-elle. J’ai plutôt envie d’explorer des territoires inconnus. Je me verrais bien, par exemple, étudier les sciences politiques. Mais je vais devoir étudier, j’en sais encore trop peu sur la question. » La Suédoise est unique. Formidablement unique.

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