Objectif Londres

Pierre Carraz : « Je n’avais jamais rencontré un phénomène comme Christophe Lemaître »

Entraineur de toujours de Christophe Lemaitre, Pierre Carraz dit être fier de son élève

© DPPI

Il est l’homme qui se cache derrière Christophe Lemaître. Son entraîneur, son mentor, depuis le début de sa carrière. Un coach à l’ancienne, bénévole et passionné. Interview découverte.

Quand avez-vous vu Christophe Lemaître pour la première fois ?

« L’année de ses 14 ans, au mois de septembre. Christophe avait été repéré dans une fête du sport d’un petit village, près d’Aix-les-Bains. Il s’était essayé au sprint, sur une ligne droite tracée sur une allée, tordue et vallonnée. Et il y avait été tellement performant que l’un des animateurs locaux me l’a amené au club. Un mois plus tard, il courait le 100 m en 11’’80. Après quelques semaines d’entraînement supplémentaires, il en était à 11’’40. »

Il était visiblement doué ?

« Oui. Ses qualités de vitesse ne faisaient aucun doute. Mais il était un peu gauche, pas très bien coordonné. Une maladresse qui lui avait été fatale dans les différents sports collectifs qu’il avait essayés avant de se tourner vers l’athlétisme. Il était aussi assez fragile. Nous étions obligés de limiter les compétitions car il souffrait des adducteurs après les courses. »

Quelles sont ses principales qualités ?

« A l’évidence, il est doté de fibres musculaires rapides. La vitesse est donc inscrite dans ses gènes. Mais sa première qualité est mentale. Christophe se révèle être une véritable bête de compétition. Il aime l’enjeu et l’adversité. J’en veux pour preuve qu’il a toujours battu ses records personnels dans les grandes compétitions, depuis l’époque où il était encore cadet. Il possède aussi une certaine insouciance qui l’aide à ne pas prendre trop au sérieux tout ce qui lui arrive depuis un ou deux ans. »

Vous-même, avez-vous toujours été entraîneur de sprint ?

« Non. Et je ne le suis toujours pas. Athlète, je pratiquais le décathlon. Puis j’ai entraîné des sprinteurs, des coureurs de haies, des sauteurs, dont Grégory Gabella, qui a réalisé 2,30 m en hauteur en 2002. Aujourd’hui, Christophe occupe une grande partie de mon temps. Mais je continue à passer d’un groupe à l’autre, dans notre petit club d’Aix-les-Bains. »

A Aix-les-Bains, la vie d’un athlète est comparable à celle d’un pensionnaire de l’Insep ?

« Non, je ne crois pas. Nous sommes à l’écart, dans nos montagnes, plutôt tranquilles. Christophe s’entraîne avec un groupe où les gens restent simples et naturels. Je suis moi-même un coach à l’ancienne, entièrement bénévole, professeur d’EPS à la retraite. L’argent n’a aucune importance à mes yeux. En fin d’année, Christophe reçoit du club, au titre de ses performances, une prime de 2500 €. Comme vous le voyez, nous sommes loin des standards de l’athlétisme moderne. »

Tout au long de votre carrière, aviez-vous déjà rencontré un athlète de sa trempe ?

« Non. J’en ai connu beaucoup, certains très bons, mais un phénomène comme Christophe, jamais. »

Jusqu’où l’accompagnerez-vous ?

« J’ai promis à ses parents de l’entraîner et le suivre jusqu’aux Jeux de Londres en 2012. Après, il sera sans doute temps pour moi de raccrocher. J’ai 70 ans. Je n’aurai peut-être plus l’âge d’accompagner un athlète de haut niveau. »

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