Objectif Londres

Kim Collins, la tournée d’adieux

Ex-champion du monde du sprint, Kim Collins va raccrocher les pointes à 34 ans.

© AFP

Le champion du monde du 100 m en 2003 quitte la piste. Un départ à l’image de sa longue carrière : digne, modeste et attachant.

Toutes les tournées d’adieux ne se ressemblent pas. Celle de Kim Collins emprunte les voies de traverse. A 34 ans, le sprinteur de Saint Kitts et Nevis, une île des Caraïbes peuplée de moins de 50 000 âmes, s’offre cette saison un dernier périple sur les meetings européens. Mais, modeste et sans prétention, il fait étape à l’écart des réunions de la Diamond League. Il était à Sotteville, le mois dernier, puis il a fait halte à Bochum, en Allemagne, où il a signé son meilleur chrono de l’année, un très respectable temps de 10’’20 au 100 m. « J’avais envie de goûter une dernière fois à l’ambiance des compétitions européennes, explique-t-il de sa voix douce et posée. Et je voulais dire au revoir au public, aux organisateurs, aux athlètes. »

A l’heure de mettre au clou ses pointes et sa combinaison de sprinteur, Kim Collins porte sur sa carrière un regard tendre. « Je n’aurais jamais imaginé, même dans mes rêves les plus fous, durer aussi longtemps, descendre sous les 10 secondes et surtout devenir champion du monde, avoue-t-il. Je n’ai jamais été médaillé olympique, mais je suppose que cette récompense ne m’était pas destinée. » Arrivé sur la pointe des pieds dans le cercle étroit des meilleurs sprinteurs de la planète, il a toujours tranché par son gabarit sans rondeurs (1,75 m pour 65 kilos), ses muscles fins et son dégoût de l’apparat et la provocation. « Je déteste la musculation, elle m’ennuie terriblement, justifie-t-il. Je n’ai sûrement pas été le sprinteur le plus performant, mais j’ai sûrement été l’un des plus réguliers. »

A son actif, un titre mondial, décroché à la surprise générale sur la piste du Stade de France en 2003, dans le temps modeste de 10’’07, une médaille de bronze deux ans plus tard aux Mondiaux d’Helsinki, une autre sur 200 m en 2001 à Edmonton, plus deux places de deuxième sur 60 m aux championnats du monde en salle, en 2003 et 2008. Son record personnel, 9’’98 en juillet 2002, le situe loin du top 10 de l’histoire. « Mais j’ai toujours su répondre présent dans les grandes occasions, plaide-t-il. Le sprint est une affaire de mental, un domaine où j’ai souvent su compenser des qualités physiques sans doute inférieures à beaucoup de mes rivaux. »

Marié et père de quatre enfants, Kim Collins va s’offrir une tranquille retraite sportive sur son île de Saint Kitts et Nevis. « J’y suis une vedette nationale, s’amuse-t-il. A mon retour des Mondiaux de Paris en 2003, je crois bien que tous les habitants du pays s’étaient rassemblés pour m’accueillir. Depuis, les chauffeurs de taxi connaissent tous mon adresse et font un détour par ma maison pour la montrer à leurs clients. » Un pavillon et une autoroute portent son nom, à Saint Kitts. Une juste reconnaissance pour cet athlète jamais en retard d’un sourire, l’un des plus attachants et distingués de l’athlétisme mondial.

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