Objectif Londres

Allyson Felix, la fille prodige

Allyson Felix, après sa victoire sur 100m à Des Moines, dans l'Iowa

© AFP

La sprinteuse californienne a parfois l’air d’une enfant perdue dans un monde d’adultes, avec son sourire d’ange et ses fines jambes. Mais sur une piste, elle a tout d’une grande !

Allyson Felix n’a pas encore 25 ans. Elle les fêtera en novembre prochain. A découvrir toutes les lignes de son palmarès d’athlète, on lui en donnerait facilement cinq de plus. A Berlin, l’été dernier, l’Américaine a décroché comme dans un rêve son troisième titre mondial du 200 m, un triplé encore jamais réalisé par une femme sur cette distance du sprint. Dans ses malles s’entassent également deux médailles d’argent olympiques, toujours sur 200 m, plus une en or, au 4x400 m. Elle n’avait pas encore 20 ans le jour de sa première victoire aux Mondiaux, à Helsinki, en août 2005. Prodigieux, au sens littéral du terme.

Son talent pour la vitesse a été découvert au lycée, en Californie du Sud, à l’âge de 14 ans. Allyson Felix y dominait souvent les garçons. Elle courait sans effort, faisant trembler le chrono sans jamais donner l’impression de forcer sa nature. « Un don de Dieu », aime-t-elle expliquer, aujourd’hui encore, ponctuant toutes ses phrases d’un sourire aussi large et sincère que sa foi. Fille d’un prêtre et d’une enseignante, elle a grandi dans une famille où la religion se vit au quotidien. « Ma croyance m’a toujours aidée à aborder ma carrière d’athlète avec recul et perspective, raconte-t-elle. Sans elle, j’aurais sans doute eu beaucoup de mal à surmonter ma déception d’avoir été battue par Veronica Campbell-Brown en finale olympique du 200 m, à Pékin. J’en ai souffert, bien sûr. Mais je n’oublie jamais la chance que j’ai d’avoir été pourvue de telles qualités physiques. Et, même si je déteste la défaite, je me sens extrêmement privilégiée d’avoir pu accomplir autant de choses sur une piste d’athlétisme. »

Au lycée, sa silhouette filiforme et l’apparente fragilité de ses muscles lui avaient valu le surnom de « Chicken legs » (pattes de poulet). Avec les années, l’élève de Bob Kersee à Los Angeles n’a pas changé. Au milieu de ses rivales, elle donne parfois l’impression d’être une enfant en pleine croissance. « Mais je suis plutôt forte et je l’étais déjà à l’adolescence, aime-t-elle corriger sans quitter son sourire. A la presse, je peux pousser jusqu’à 315 kilos. J’ai toujours été performante en musculation, même si j’évite désormais de soulever des poids trop lourds. Je privilégie une approche plus dynamique, pour ne pas risquer la blessure et soulager mes muscles et mes tendons. »

En avril 2008, Allyson Felix s’est portée volontaire pour suivre, avec une poignée d’autres athlètes de son pays, un programme de lutte antidopage mis en place par les autorités américaines. Intitulé « Project Believe », il exige de ses participants de se soumettre à des tests sanguins et urinaires plus fréquents et poussés que la moyenne. Son talent n’a jamais fait de doute. Sa progression n’en fera pas non plus. « De toute ma carrière, la seule athlète que je pourrais comparer à Allyson est Wilma Rudolph », a admis un jour son entraîneur, Bob Kersee. Wilma Rudolph, triple championne olympique à Rome en 1960, l’une des plus formidables sprinteuses de l’histoire.

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