Asafa Powell, l’œuvre inachevée
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Le Jamaïcain a déjà marqué l’histoire du sprint mondial. Mais il lui manque un titre majeur pour y rejoindre les plus grands.
Les statisticiens de l’athlétisme raffolent d’Asafa Powell. Car le Jamaïcain les protège à tout jamais de l’ennui et de la monotonie. Par son extraordinaire capacité à courir le 100 m en moins de 10 secondes, il bouscule un à un tous les standards du sprint. L’élève du coach Stephen Francis a abandonné à son compatriote Usain Bolt, sans doute à tout jamais, le record du monde du 100 m, après l’avoir porté de 9’’78 à 9’’74. Mais il possède une saisissante collection de prouesses personnelles, dont certaines pourraient bien lui survivre. Des exemples ? Asafa Powell a avalé la ligne droite du 100 m en moins de 10 secondes à plus de soixante reprises. Il a couru plus de trente fois en moins de 9’’90. Il est le seul homme au monde, avec Tyson Gay et Usain Bolt, à détenir plus d’un chrono inférieur à 9’’80 sur la distance. Enfin, il a réalisé en 2008 l’invraisemblable tour de force de courir quinze fois au cours d’une même saison en 10 secondes ou moins.
Et pourtant, le nom de cet athlète à la voix et au regard timides, sixième garçon d’une famille de pasteurs, est souvent prononcé sur un ton nuancé. Un « oui, mais… » qui a la dent dure. Depuis son irruption sur l’avant-scène du sprint mondial, en 2004 aux championnats de Jamaïque juniors, avec un chrono de 9’’99, Asafa Powell n’a jamais pu quitter la piste d’un grand championnat en portant sur le torse la médaille d’or du vainqueur. En 2007, aux Mondiaux d’Osaka, la logique le désigne largement favori. En tête à vingt mètres de l’arrivée de la finale du 100 m, il termine 3ème, victime dans l’ultime portion de la course d’une spectaculaire défaillance. A Pékin, l’année suivante, il craque une nouvelle fois, nerveusement plus que physiquement, pour hériter finalement d’une décevante cinquième place. A Berlin, l’an dernier, il monte sur la troisième marche du podium des championnats du monde, battus par Usain Bolt et Tyson Gay.
« Je ne suis peut-être pas un athlète fait pour les grands championnats, mais plutôt pour les courses d’un jour, les grands meetings », reconnaissait-il en 2008, après les Jeux olympiques de Pékin. Depuis, Asafa Powell a admis avoir travaillé sa solidité mentale en sollicitant l’aide de spécialistes. Il avoue aussi s’être inspiré de son compatriote Usain Bolt, de son comportement sur la piste et son étonnante décontraction avant une course. « Dans la vie de tous les jours, je suis plutôt un boute-en-train, toujours prêt à chambrer les copains, rigolard et relax, mais sur une piste je me suis longtemps senti obligé de montrer une autre image de moi-même, expliquait-il en début de saison. Je m’enfermais dans ma concentration. J’étais trop sérieux. Mais Usain m’a prouvé qu’on pouvait aller très vite tout en gardant le sourire jusque sur la ligne de départ. »
Le nouveau Powell sera donc plus ouvert et facétieux. Une approche différente de la compétition qui pourrait faire des étincelles. A presque 28 ans, qu’il fêtera le 23 novembre prochain, il semble en tout cas n’avoir jamais été aussi fort.

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