Objectif Londres

Carmelita Jeter, la femme la plus rapide du monde

Carmelita Jeter

© DPPI

La femme la plus rapide au monde est américaine, trentenaire et quasiment inconnue… Mais déterminée à se faire très vite une place au soleil.

L’an passé, une onde de choc a secoué la planète athlétisme. Le 20 septembre, à Shanghai, une Américaine au physique de croqueuse d’haltères a avalé un 100 m en 10’’64. Sur le moment, les statisticiens en ont laissé tomber leur stylo. Avant de certifier, preuve à l’appui, que ce chrono, le quatrième de l’histoire sur la distance, faisait de la jeune femme la sprinteuse la plus rapide au monde. Les trois premiers appartiennent à sa compatriote Florence Griffith-Joyner, décédée accidentellement en septembre 1998. Le nom de cette nouvelle étoile du sprint : Carmelita Jeter. Une inconnue, ou presque. Cette Californienne de 30 ans, élevée dans un quartier de Los Angeles, a été découverte par un entraîneur d’athlétisme alors qu’elle semait la terreur, de par sa vitesse et sa vélocité, sur les terrains de basket de son lycée. Douée mais fragile, la jeune femme a longtemps peiné à confirmer son potentiel. « J’ai passé les premières années de ma carrière à essayer de me soigner de blessures récurrentes aux ischios, explique-t-elle. Mon entraînement n’était pas optimal. Et mon hygiène de vie laissait à désirer. »

Eliminée dans la course aux sélections pour les Jeux de Pékin, en 2008, elle décide de confier sa destinée d’athlète à John Smith, l’homme qui a conduit Maurice Greene vers le titre olympique du 100 m en 2000 et Marie-José Pérec à un doublé 200/400 m aux Jeux d’Atlanta quatre ans plus tôt. Avec cet ancien coureur de 400 m, Carmelita Jeter découvre la musculation. « Jusque-là, j’avais l’impression d’en faire assez en allant une ou deux fois par semaine au gymnase pour travailler mes bras, confie-t-elle. Avec John, je soulève des poids lundi, mardi, jeudi et vendredi, en alternant le haut et le bas du corps. Grâce à ce régime, mon record en squat atteint aujourd’hui presque 145 kilos. Ma morphologie a changé. J’ai pris du volume musculaire, mais j’ai aussi perdu du poids. »

Sa progression, tardive et spectaculaire, étonne et intrigue. Son palmarès, deux médailles de bronze mondiales, en 2007 à Osaka puis deux ans plus tard à Berlin, manque encore d’épaisseur. Mais la Californienne veut croire que son heure sonnera bientôt. Elle a débuté sa saison en signant un respectable chrono de 10’’94 à Kingston, chez ses rivales jamaïcaines. Puis elle a confirmé en dominant Veronica Campbell-Brown à Daegu, en Corée du Sud, s’imposant en 11’’00. Jusqu’où ira-t-elle ? « Mon coach a une idée très précise de mon potentiel chronométrique, mais je préfère ne pas savoir, s’amuse-t-elle. Je ne pense pas au record du monde du 100 m (10’’49 par Florence Griffith-Joyner en 1988), car cet objectif me semble encore inaccessible, mais je sais que je peux aller plus vite que mes temps actuels. Je suis toujours en phase d’apprentissage. J’ai dépassé la trentaine, c’est vrai, mais j’ai parfois l’impression de débuter au plus haut niveau. »

L’athlétisme mondial peine encore à reconnaître Carmelita Jeter au premier coup d’œil. Mais son nom, sa silhouette et ses états de service nous seront sans nul doute bientôt très familiers.

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