Objectif Londres

Allyson Felix : « J’ai encore beaucoup à accomplir »

© DPPI

La  jeune Américaine, entrée dans l’histoire grâce à son triplé mondial au 200 m, a toujours le goût du risque. Elle défie cette saison Sanya Richards en personne sur 400 m. Mais avoue se sentir toute petite face à Usain Bolt.

Vous débutez votre saison internationale vendredi 14 mai, au meeting Diamond League de Doha, sur 400 m. Pourquoi Doha ? Et pourquoi le 400 m ?

«  J’ai pris l’habitude, ces dernières années, de courir à Doha. J’aime ce meeting, sa piste, son atmosphère. Il y fait chaud, c’est parfait pour moi. Cette année, la réunion est estampillée Diamond League, l’ambiance et la participation y seront différentes. Mais je reste fidèle. Quant au 400 m, j’ai décidé de m’y consacrer cette année un peu plus sérieusement. »

Vous abandonnez le 200 m ?

« Non. Le 200 m est la distance où j’évolue depuis l’époque du lycée. Je m’y sens chez moi. Mais je veux m’investir un peu plus sur 400 m, une épreuve où j’ai souvent fait des incursions, mais surtout pour y gagner ma place dans le relais. »

Avec quelles ambitions ?

« J’aimerais profiter de cette saison, sans rendez-vous majeur pour nous Américains, pour voir jusqu’où je peux aller. Mon record personnel, 49’’70, date de l’année 2007. J’espère l’abaisser nettement au cours de l’été. »

Vous allez marcher sur les plates-bandes de Sanya Richards, la championne du monde…

« C’est vrai, je vais sur son territoire. Et cela, dès le meeting de Doha. Elle reste la favorite, cette distance est la sienne. Mais je n’ai jamais eu peur d’affronter les meilleures. Au contraire, je recherche la confrontation. Nous nous sommes rencontrées cinq fois sur 400 m. Elle a gagné à quatre reprises. J’espère que nos duels feront venir les fans, à l’image de ce qui existe dans le sprint masculin entre Usain Bolt et Tyson Gay. »

Vous pourriez doubler 200/400 m dans un grand championnat, comme l’a fait Marie-José Pérec aux Jeux d’Atlanta en 1996 ?

« Peut-être. Je vais me tester cette saison sur ces deux distances. Et décider, selon les résultats et me sensations, s’il est réaliste de doubler les deux distances aux Mondiaux ou aux Jeux. »

Que vous inspire Usain Bolt ?

« Il est phénoménal. Il me fait rêver. Etre capable de développer une telle vélocité avec son gabarit est prodigieux. Nous sommes très différents, je suis beaucoup plus petite. Mais j’aimerais vraiment avoir sa taille et sa vitesse gestuelle. »

A propos de rêves, en avez-vous encore, après avoir décroché trois titres mondiaux consécutifs sur 200 m avant même l’âge de 24 ans ?

« Bien sûr, j’ai encore beaucoup de choses à accomplir. Je n’ai jamais été championne olympique. Seulement deuxième, en 2004 puis 2008, toujours derrière Veronica Campbell. Je rêve de remporter l’or aux Jeux de Londres en 2012. »

Hicham El Guerrouj a, lui aussi, attendu longtemps avant de décrocher un titre olympique…

« Il m’inspire beaucoup. Il a su attendre, se montrer patient, croire encore en son étoile. Je rêve de l’imiter. »

N’avez-vous pas l’impression que vos performances, ce triplé mondial sur 200 m unique dans l’histoire, n’ont pas eu l’impact et l’attention qu’elles méritent ?

« Je ne crois pas. J’en suis fière, pour moi-même, pour ma famille et pour mes proches. Je m’estime très heureuse de mon sort et de ma vie. Maintenant, j’aimerais avoir plus de temps pour rendre à l’athlétisme tout ce que j’en ai reçu, parler aux jeunes, aller au devant des gens. Je veux créer bientôt ma propre fondation, destinée aux jeunes et dirigée vers leur éducation. J’ai encore le temps. J’ai seulement 24 ans. »

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