Thierry Vigneron : le saut à la perche, une affaire de famille
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Responsable du Pôle Espoirs Bordeaux-Aquitaine, Thierry Vigneron, ex-recordman du monde de saut à la perche, y entraîne sa fille Jade. Il raconte une aventure passionnante, parfois compliquée.
Quand et comment a démarré la collaboration avec votre fille ?
« Cela a commencé par hasard. De retour à Bordeaux, elle a voulu essayer la perche. Comme cela lui a plu, je l’ai inscrite à l’école d’athlétisme à St Sulpice et Cameyrac en Gironde. De manière à pouvoir l’entraîner, je me suis rendu disponible les mercredis après-midi. »
A-t-elle émis des réticences à votre collaboration ?
« Non, pas vraiment. Mais cela n’a pas été simple car elle voyait notre relation comme une activité en binôme, c'est-à-dire le père et la fille uniquement. Dans la mesure où j’ai pris en main un groupe de jeunes, j’ai dû immédiatement la recadrer. Cela lui a fait drôle car je n’étais plus le papa mais l’entraîneur. Elle l’a mal pris car elle devait partager son père avec les autres enfants. Notre premier clash ! Mon discours était moins axé sur l’affectif et plus sur le conseil. Cela n’a pas été simple mais elle s’y est habituée. »
Votre rôle d’entraîneur interfère t-il sur le rôle du père ?
« C’est quelque chose de très pointu à vivre au quotidien. Un jonglage permanent entre la casquette de père et d'entraîneur. Je la connaît par cœur. Je sais, en la voyant arriver à l’entraînement, ce qui va se passer. Si je vois qu’elle n’est pas bien, je vais prendre la casquette de père, poser une question orientée sur la problématique extra sportive. Si elle est bien, je mets en avant la casquette entraîneur pour optimiser le moment qu’elle va passer à l’entraînement. »
Etes-vous plus difficile avec elle qu’avec les autres ?
« L’approche est plus compliquée. A chaque fois que je lui donne des conseils, j’essaie d’avoir un retour. Comme c’est une insatisfaite, lorsque cela ne marche pas, c’est toujours de ma faute. Les autres prennent davantage sur eux et essaient de comprendre. Avec ma fille, si cela ne marche pas tout de suite, si je ne trouve pas la solution à chaque problème, elle m’envoie péter ! »
Que pensez-vous de la progression de Jade ?
« Pour l’instant, elle a un gros avantage : celui d’avoir techniquement de bonnes bases. Je ne fixe pas de limites. Les seules limites, c’est elle qui va se les fixer en fonction de son évolution physique. Aujourd’hui, c’est une vraie junior. Physiquement, c’est même encore une cadette ! Elle n’a pas la démarche, comme beaucoup de jeunes de la génération actuelle, de se jeter corps et âmes dans un projet sportif. Pour l’instant, cela a toujours été un plaisir, un plaisir sérieux. Surtout gratifiant car elle obtient des résultats sans trop s’embêter. »
Pensez-vous que les filles ou fils de champions ont des prédispositions naturelles ?
« Ils ont un énorme avantage : ils ne perdent pas de temps. Toute l’expérience de leurs parents leur permet d’acquérir les bonnes techniques, les bons gestes très tôt afin de ne pas faire d’erreurs. Après, ce sont eux qui se construisent leur aventure. De toute façon, faire de la haute compétition sans passion, c’est impossible. »
Comment réagissez-vous en cas d’échec de sa part ?
« Pour l’instant, je n’ai pas été confronté à des échecs non programmés. A la perche, on a la chance de toujours positiver par rapport au choix et aux objectifs que l’on se fixe à chaque compétition. Essayer une perche, un levier, une nouvelle course…Il y a toujours une solution pour dédramatiser l’échec et se faire sa propre idée de la réussite. »
Quel est votre vœu le plus cher en ce qui concerne sa carrière ?
« En tant que père, si elle peut participer à de grands événements, gérer la pression, parcourir le monde, rencontrer et échanger avec des gens de différentes cultures… C’est une richesse en termes de philosophie de vie. Sur l’aspect sportif, est-ce que j’ai le droit de la faire rêver ? Je ne sais pas. Ce sera à elle de faire son choix. Etre dans les 20 meilleures mondiales, c’est une chose. Etre en mesure de jouer des podiums, cela en est une autre. Je fais en sorte qu’elle comprenne que dans la perche, tout est possible. Tout le monde a sa chance. La différence, elle se situe dans la tête. »

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