Objectif Londres

Alonso Edward, le sprinteur qui était plus précoce qu’Usain Bolt

© : AFP

Dauphin de Bolt sur 200 mètrès aux derniers championnats du monde à Berlin, personne n’a prêté attention Alonso Edward. Le jeune coureur panaméen, qui vient de fêter ses 20 ans, est pourtant plus rapide que le jamaïcain au même âge…

A Berlin, l’an passé, son nom et sa silhouette sont presque passés inaperçus. Alonso Edward y a pourtant décroché une médaille d’argent, la première de son pays dans une épreuve de sprint aux championnats du monde. Mais le coureur de Panama n’a eu qu’un tort : se glisser dans l’ombre immense d’Usain Bolt, en finale du 200 m, une épreuve où le Jamaïcain a fait voler en éclat son record du monde, en 19’19’’. Deuxième, Alonso Edward s’est offert un nouveau chrono de référence, en 19’81’’, le nouveau record d’Amérique latine. Détail important : le jeune homme n’affichait alors 19 ans et une poignée de mois. Au même âge, Usain Bolt en était « seulement » à 19’’88.

Mais qui est donc cet Alonso Edward, désormais installé au 14ème rang de l’histoire sur 200 m, à 6 petits centièmes du grand Carl Lewis ? Un gamin de Panama, découvert à l’école par un coach local d’athlétisme. « Il m’avait trouvé rapide, il m’a donc invité à venir essayer le sprint dans une compétition », se souvient le jeune athlète. A 16 ans, pour sa première saison, il se fait remarquer par deux respectables chronos : 10’’60 au 100 m, 21’’18 au 200 m. Une affaire de gènes, assure-t-il : « ma mère vient de Jamaïque, mon père du Panama. Ils ont tous les deux été athlètes à un niveau national. »

La suite emprunte une voie plus classique. A l’image de son illustre compatriote, le sauteur en longueur Irving Saladino, champion olympique à Pékin, exilé au Brésil, Alonso Edward quitte son pays pour muscler son entraînement. Il est recruté par une université américaine, où il rencontre un entraîneur de sprint, Matt Kane. « Le meilleur au monde, veut croire l’athlète. Il m’a appris la technique, la science de la course et la manière de me préparer pour les grandes compétitions. » Le coach apprécie et remarque : « Alonso a été capable de battre largement son record personnel le jour où il le fallait, en finale des championnats du monde, sa première grande compétition chez les seniors. Il a été exact au rendez-vous, preuve de sa force mentale et de son potentiel. J’ignore jusqu’où il peut aller, mais je suis certain qu’il ira beaucoup plus vite. »

L’ombre d’Usain Bolt s’étend forcément au-dessus de son horizon. Alonso Edward y prête peu attention. « Usain est grand, très atypique, incroyablement doué, note-t-il. Moi, je suis plus commun, avec mon mètre 80 pour 75 kilos. Mais tous les gabarits peuvent s’exprimer en sprint. J’admire beaucoup Usain Bolt, mais il ne m’intimide pas, ni avant ni pendant la course. » Aujourd’hui âgé de 20 ans, Alonso Edward promène sur la saison à venir un regard tranquille mais envieux. « Mon objectif sera d’y disputer les meetings de la Diamond League, un peu partout dans le monde, explique-t-il. Je vais m’aligner sur 100 et 200 m. Avec l’ambition, pour la plus courte des deux distances, de devenir le premier Sud-américain sous les dix secondes. » A 20 ans, Usain Bolt ne s’était essayé qu’une seule fois au 100 m. Il avait réussi 10’’03…

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