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Gilles Quénéhervé : un vice-champion du monde sur les bancs de l’ENA

Gilles Quénéhervé : un vice-champion du monde sur les bancs de l’ENA

@AFP

A 44 ans, Gilles Quénéhervé est devenu le premier médaillé olympique français à intégrer  l’ENA, la très prestigieuse Ecole Nationale d’Administration. Retour sur la reconversion atypique de ce sprinteur d’élite.

Le récit qui va suivre est de nature à malmener un préjugé. Celui qui voudrait que les sportifs soient des êtres humains dotés de muscles et non de cerveau.  Gilles Quénéhervé est connu pour être un sprinteur d’élite. Palmarès à l’appui : vice-champion du monde du 200m (Rome, 1987), médaillé de bronze du 4x100 m (Jeux Olympiques de Séoul, 1988) et champion de France du 200m en 1989. Pourtant, depuis quelques mois, son nom est repris en boucle par les medias pour une tout autre raison : il fait parti de la promotion 2011-2012 de l’ENA, l’Ecole Nationale d’Administration par laquelle sont passés bon nombre de Présidents de la Républiques, de Ministres et de politiciens. Le 8 décembre dernier, il a réussi à décrocher le graal : l’une des huit places convoitées par les 150 inscrits au « troisième concours », celui réservé aux candidats issus de la vie professionnelle. « Une sensation largement plus forte que toutes mes médailles »,  confie l’ancien sportif. C’est dire le sentiment de satisfaction qui a envahi Gilles Quénéhervé, persuadé d’avoir échoué à cause du… sport ! « Avec mon entraîneur, Jacques Desprez, je m’étais bien préparé. J’avais prévu d’avoir 20/20 compte tenu de mon potentiel sur 100m, raconte l’ancien sprinteur. Malheureusement, je me suis blessé une semaine avant. J’ai fait 14 secondes sur une jambe. J’ai eu 15,5/20. J’ai eu peur de rater l’admission à cause de ça ».

Si ce tournant professionnel est pour le moins inattendu, il n’est pas du tout le fruit du hasard. Gilles Quénéhervé n’a en effet jamais cessé de s’instruire, même quand il était athlète de haut niveau. Apprendre, se former, progresser : voilà les motivations qui ont toujours animées l’ancien champion, aujourd’hui âge de 44 ans. En témoigne le Master en management  du sport qui figure sur son CV. En 2005, « par goût pour l’intérêt général », il décide même de rejoindre le ministère des Sports. Conseiller à la direction départementale du Val-d’Oise, il est chargé du lien sport-entreprises et du développement des projets associatifs. Son arrivée à l’ENA couronne donc plusieurs années de dur labeur.

Depuis début septembre, Gilles Quénéhervé effectue un stage en préfecture à Vesoul, en Haute-Saône, déterminant pour la suite de sa carrière. Si tout se passe comme prévu, il intégrera le corps préfectoral dès sa sortie de l’ENA. La politique ? Il l’envisagera peut-être « si on y retrouve un peu de moralité. » 

Pour l’heure, Gilles Quénéhervé est un homme comblé. Il tient d’ailleurs à ce que son exemple soit le premier d’une longue série. « Je veux dire aux gens qu’il ne faut pas se laisser enfermer. Je pense notamment aux jeunes des banlieues sensibles. La mentalité française nous met dans des cases : le sportif contre l’intellectuel, le jeune contre le vieux, le banlieusard contre l’habitant du centre-ville, affirme Gilles Quénéhervé. Moi, j’ai préparé ce concours comme une compétition, ce qui confirme qu’il est impossible de réussir dans le sport de haut niveau sans une forme d’intelligence. » A bon entendeur…