Jessica Ennis : « L’heptathlon, c'est comme un jeu d’échecs »
© DPPI
A un an des Jeux de Londres, où tout un pays l’attend, la Britannique remet son titre mondial en jeu à Daegu. Depuis la Corée du Sud, elle raconte pour athlenergy les pièges et les secrets de l’heptathlon.
Quelles sont vos épreuves préférées dans un heptathlon ? Celles où vous vous sentez le plus en confiance ?
Jessica Ennis : Le 100 m haies et la hauteur. Les deux épreuves où je suis le plus forte, celles où je sais que je peux vraiment faire la différence.
Pour vous, ces deux épreuves constituent les moments clefs de l’heptathlon, celles qui donnent le ton ?
Non, j’essaye de ne pas avoir de moments clefs, mais de réussir un heptathlon équilibré. Je dois me concentrer sur mes disciplines les plus faibles, pour éviter d’y perdre trop de points, et également bien sûr sur le 100 m haies et la hauteur, pour tenter de creuser l’écart.
A l’entraînement, vous travailler toutes les disciplines dans la même journée ?
Non, j’en travaille deux, ou au maximum trois. Et parfois dans l’ordre de l’heptathlon, pour habituer mon corps et mon esprit à passer de l’une à l’autre. Mais je travaille au moins une fois chacune des épreuves au cours de la semaine.
Vous aimez l’entraînement de l’heptathlon ?
Oui. J’aime sa variété, la possibilité de changer totalement de discipline dans la même demi-journée. Ce n’est jamais ennuyeux. Mais cet entraînement est aussi l’un des plus durs de l’athlétisme. Il faut bosser la vitesse, la force, l’endurance, la technique. On n’a jamais fini.
Qu’avez-vous en tête au tout début d’un heptathlon ?
Je suis nerveuse, car je sais que la première épreuve peut conditionner tout le reste. Mais comme cette épreuve est le 100 m haies, je pense surtout à réussir un gros chrono pour marquer d’entrée un maximum de points.
Et entre les épreuves, quelles pensées vous traversent l’esprit ?
Entre les épreuves, je dois penser à la suivante, sans jamais me focaliser sur celle que je viens de terminer. C’est déterminant dans un heptathlon. Il ne faut jamais regarder en arrière, car ce qui est fait ne peut être refait, et un échec peut facilement vous déstabiliser.
C’est une leçon que vous avez retenue du passé ?
Oui. Quand j’étais junior, je n’arrivais pas à appréhender mentalement l’heptathlon. Ma première journée était très forte, alors je me voyais déjà sur le podium. Mais ma deuxième était tellement faible que je dégringolais de la deuxième à la huitième place. J’étais incapable de freiner la chute. Maintenant, je sais qu’il faut avancer pas à pas en évitant de regarder trop loin devant soi. L’heptathlon est comme un jeu d’échecs.
Vous comptez vos points, épreuves après épreuves ?
Mon coach le fait pour moi, il me renseigne sur ma position et sur les écarts avec les autres filles. J’aime avoir une idée, mais je ne veux pas m’encombrer la tête avec des chiffres. Je veux seulement savoir avant le 800 m, la dernière épreuve, quel temps je dois réaliser pour l’emporter.
Que faites-vous entre les deux journées d’un heptathlon ?
Nous finissons toujours la première journée assez tard. Je rentre à l’hôtel, je prends un bain glacé, parfois un massage, puis je dîne et je vais me coucher. Le lendemain, je me lève à 6 heures pour être prête pour la première épreuve. J’essaye de dormir un minimum, mais les images des épreuves déjà faites et de celles à venir m’occupent souvent trop l’esprit pour y parvenir.
A quoi ressemble le lendemain d’un heptathlon ?
Le lendemain, on peut à peine bouger. La fatigue vous tombe dessus, la pression retombe, les douleurs surgissent dans vos muscles. Pendant deux ou trois, je ne peux presque rien faire. Puis je reprends l’entraînement. Et je pense au suivant.
Propos recueillis par Alain Mercier
Ça peut aussi vous intéresser...
- Mondiaux de Daegu : les grandes stars étrangères attendues au tournant
- Entretien exclusif avec la Croate Blanka Vlasic
- Le secret de Christophe Lemaitre pour briller à Daegu : ses nouvelles chaussures
- Les Français aux Mondiaux 2011 : Quand la qualité prime sur la quantité !
- Pourquoi les athlètes courent-ils en sens inverse des aiguilles d’une montre ?
- Championnats de France : Lemaitre a encore tout cassé !

Découvrez le Best Of 2011



