Objectif Londres

Entretien exclusif avec la Croate Blanka Vlasic en direct de Daegu

Blanka Vlasic : « J’étais destinée à franchir des barrières »

© DPPI

La Croate vient de débarquer aux Mondiaux de Daegu diminuée par une blessure mais bel et bien déterminée à se battre pour conserver son titre. Pour athlenergy, elle a accepté de décrypter le saut en hauteur, sa technique et ses sensations.

A quand remontent vos premiers souvenirs de sauteuse en hauteur ?
A très loin. A l’enfance. J’ai commencé à l’école, en cours d’éducation physique. Je sautais en ciseaux. Mais je faisais aussi des tas d’autres choses sur le stade, de la longueur, du sprint… La hauteur n’était qu’une activité parmi les autres. Et je n’aimais pas spécialement. Mais ces souvenirs me semblent lointains, ils sont un peu flous aujourd’hui. Je ne me rappelle même pas ma première compétition.

Vous n’aviez pas la vocation ?
Non. Ce sont les résultats qui m’ont poussée à insister dans cette discipline. Je me suis décidée à devenir sauteuse en hauteur quand mes performances m’ont convaincue que j’y possédais un réel potentiel. La décision n’a pas été prise en un jour, les choses se sont faites progressivement. J’ai aimé la hauteur petit à petit.

A vous regarder, on jurerait pourtant que vous êtes née pour être sauteuse en hauteur…
Mais c’est le cas, j’en suis persuadée ! J’étais destinée à devenir sauteuse en hauteur. A franchir des barrières de plus en plus hautes.

A quoi pensez-vous juste avant un saut ?
Je pense à ma technique, à rien d’autre. A ma technique de course. C’est le plus important. Tout ce que vous faites au-dessus de la barre n’est que le résultat de votre course d’élan. Je pense donc seulement à mes foulées pendant ma course d’élan. Mais j’essaye aussi de ne pas trop penser. Les détails, je les travaille à l’entraînement. En compétition, le mieux est d’en avoir le moins possible en tête.

Quelles sensations ressentez-vous au-dessus de la barre ?
Pour être honnête, je ne ressens pas grand-chose. Tout va trop vite. C’est comme un flash. Et je n’ai absolument pas l’impression de voler, comme certains l’ont suggéré.

A quel moment savez-vous que votre saut sera bon ou mauvais ?
Pendant la course d’élan. Je sais avant même le décollage si je franchirai ou non la barre. Si la course a été facile, fluide, sans effort, le saut sera réussi. Si j’ai été obligée de forcer, de tirer sur mes foulées, la barre tombera.

Vous craignez la barre ? Elle vous fait peur ?
Non, plus maintenant. J’y suis habituée, c’est mon quotidien et mon gagne-pain depuis une dizaine d’années. Mais quand j’étais plus jeune, il m’arrivait d’en avoir peur quand elle montait trop haut. Je changeais alors ma technique, j’essayais de pousser. Mais ça ne marchait jamais.

Avez-vous le souvenir d’avoir accompli le concours parfait ?
Parfait, non, mais j’ai réussi un très bon concours en août 2009, à Zagreb, le jour où j’ai sauté 2,08 m. Du premier au dernier saut, j’ai eu le sentiment que les choses se passaient comme elles le devaient.

Vous sautez beaucoup à l’entraînement ?
Non. Une seule fois par semaine.

Pourquoi si peu ?
Parce que j’ai beaucoup d’autres choses à faire à l’entraînement en plus du saut proprement dit. De la course, du renforcement musculaire, de l’endurance… Pour aller plus haut, je dois arriver plus vite à l’impulsion, mais en restant très haute sur mes appuis. Je dois donc être de plus en plus puissante. C’est pourquoi je fais beaucoup d’exercices, comme par exemple du triple saut et des sauts à cloche-pied sur une vingtaine de mètres.

Jusqu’à quel âge serez-vous sauteuse en hauteur ?
Aussi longtemps que j’aurai du plaisir et de la motivation à sauter. Très longtemps, je crois. Mais, avec les années, je participerai à de moins en moins de compétitions. Seulement 5 ou 6 par an, celles que je préfère.

 

Propos recueillis par Alain Mercier