Objectif Londres

Yelena Isinbayeva : « Je suis plus forte »

Yelena Isinbayeva, recordwoman mondiale du saut à la perche

© AFP

On l’imaginait imbattable. Mais la perchiste russe a laissé échapper son titre mondial, l’été dernier à Berlin. Elle en explique les raisons et les effets. Et raconte ses rêves, ses objectifs et sa passion des enfants.

A l’heure de basculer vers l’année 2010, quels regards portez-vous sur l’année écoulée ?

« Je suis heureuse de ma saison, car j’ai amélioré mon record du monde, mais déçue d’avoir été battue aux Mondiaux de Berlin. Ce jour-là, je crois que j’ai pêché par excès de confiance. Je pensais que je m’en sortirais en commençant mon concours à 4,75 m, et qu’une barre de 4,80 m me donnerait la victoire. J’avais tort (incapable de passer 4,75 m à son premier essai, puis 4, 80 m aux deux suivants, elle a pris la dernière place du concours, sans la moindre performance, ndlr) ».

Cette défaite vous a beaucoup affectée ?

« Sur le moment, bien sûr. Mais, aujourd’hui, je sais qu’elle m’a rendue mentalement plus forte. Avant, j’étais effrayée à l’idée d’être battue. Je me demandais ce qui se passerait. Maintenant, je sais. Et j’ai prouvé, en battant mon record du monde à Zurich (5,06 m), que j’avais la ressource de rebondir. Tout cela m’a renforcée ».

Le record du monde a effacé la défaite ?

« Non. Mais il m’a permis de montrer que j’étais encore là et toujours au sommet. Si je ne l’avais pas battu, je me serais sentie obligée de faire à nouveau mes preuves, en 2010. Là, ce n’est plus la peine ».

Vous avez pris l’habitude vous parler longuement, en bout de piste d’élan, avant de sauter. De quoi parlez-vous dans ces moments là ?

« Je ne le dirai pas. C’est mon secret. Même mon entraîneur ignore les mots que je prononce. Je ne me parle pas en russe, mais je n’ai pas envie d’en dire plus. J’ai besoin de ce rituel, c’est quelque chose qui vient de l’intérieur et m’aide à me calmer et me concentrer ».

Vous verra-t-on cet hiver aux championnats du monde à salle à Doha ?

« Oui. Je veux y décrocher le titre et battre la concurrence. Et puis, je n’ai jamais été à Doha. J’ai envie de découvrir ce pays et y faire la promotion du saut à la perche ».

Avez-vous encore des rêves ?

« Pour moi, non, car je crois avoir eu tout ce dont je pouvais rêver. Mais j’ai encore des rêves pour les enfants de mon pays. J’aimerais ouvrir un grand centre sportif entièrement gratuit, où ils pourraient venir et s’entraîner. Je sais que cela coûterait une fortune, c’est pourquoi j’en parle comme d’un rêve ».

Vous aimez beaucoup les enfants ?

« Oui. Et j’ai envie de les aider. Je vais bientôt créer une fondation à mon nom, à Volgograd, en Russie. Nous y accueillerons des orphelins. J’ai eu l’occasion de visiter l’an passé un orphelinat. J’en ai été tellement émue que j’ai pleuré ».

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