Le Mag

Records : le début de la fin ?

Les records mondiaux seraient en voie d'extinction à cause des limites du corps humain

© DPPI

Selon un très sérieux institut de recherche scientifique, le temps des records mondiaux est en voie d’extinction. La raison ? Les athlètes ont quasiment atteint les limites du corps humain.

Jusqu’ici, Pierre de Coubertin avait vu juste en déclarant « plus haut, plus loin, plus fort ». Malheureusement, ce credo risque fort de ne plus avoir de sens  d’ici quelques années. C’est en tout cas la thèse défendue par une étude de chercheurs français de l’IRMES (Institut de Recherche biomédicale et d’Epidémiologie du Sport). Le modèle statistique élaboré par l'équipe coordonnée autour de Jean-François Toussaint, directeur de l'Inserm (Etablissement public de recherche à caractère scientifique et technologique), se fonde sur l'examen de 3263 records du monde établis entre 1896 et 2007. Les différentes courbes tracées montrent  une progression fulgurante des records de 1896 à 1968, excepté au moment des deux guerres mondiales. « Des périodes durant lesquelles ni les athlètes ni les sociétés n’ont eu le temps, les moyens ou l’envie de se consacrer à la compétition », observe Jean-François Toussaint. Mais depuis 1968, la courbe montre «une diminution inéluctable de leurs nombres et de leurs limites. » Toujours selon ce même modèle, la moitié des records auront donc atteint 99,95% de leurs limites maximales en 2027. « On est en train de parvenir au bout des capacités physiologiques de l'espèce humaine » confirme le chercheur.  L’année 2060 marquant, elle, une fin définitive des records mondiaux « à moins peut-être d’utiliser des chronomètres mesurant les millionièmes de seconde » avant d’ajouter : « Il est malgré tout improbable qu'un homme, sur ses deux pieds, arrive un jour à courir le 100m en 9 secondes ».

Si la pilule risque d’être  dure  à avaler pour des athlètes aussi compétiteurs qu'Usain Bolt, certains sportifs comme Asafa Powell semblent corroborer cette thèse : « Chaque fois que je fais un gros chrono, mon corps devient bizarre. Mes jambes sont très douloureuses, j'ai l'impression que quelqu'un m'a planté des coups de couteau partout. Courir chaque 100 mètres en 9'’74 à chaque fois ferait trop de mal à mon organisme. Je crois que le jour où j'atteindrai ma limite, mon corps ne le supportera pas. Il faut s'efforcer de respecter cette limite. »

Si ce « plafond de verre » est inquiétant pour l’avenir de l’athlétisme, on peut toutefois nourrir quelques espoirs. L'apport de la science devrait en effet  permettre de mieux savoir ce qui se passe pendant l'effort. L’évolution du matériel devrait, elle, permettre d’optimiser les performances sportives. L’histoire du sprinteur sud-africain Oscar Pistorius, amputé des deux pieds et qui a disputé des courses avec des athlètes valides grâce à des prothèses montées sur ressort, pourrait par exemple donner des idées aux fabricants de chaussures. Et certaines disciplines longtemps interdites aux femmes, comme le marathon, laissent entrevoir de belles évolutions. Bref, d’ici à 2060, on devrait encore avoir le bonheur de voir tomber quelques records sur les pistes !