Objectif Londres

L’athlé, une passion professionnelle

Athlète de haut niveau : métier ou passion ? Découvrez le à travers l'interview de Muriel Hurtis de retour sur 400 mètres.

© DPPI

Débuter un sport se fait par passion. Mais le statut d’athlète de haut niveau transforme la chose en profession. Devenue maman après avoir connu la gloire, et aujourd’hui de retour sur 400 mètres, Muriel Hurtis nous éclaire sur cette double vision.

 

L'athlétisme représente-t-il pour vous une une passion ou un métier?

 

Les deux ! Au départ, c'était une passion et, au fil des années, c'est devenu un métier mais le plaisir est toujours présent. Quand j'ai commencé, à 14 ans, à l'UNSS, c'était avant tout pour me retrouver avec mes copines, pour faire du sport car avant cela je n'en faisais pas. Je ne savais pas vraiment ce qu'était l'athlétisme, c'est venu progressivement. J'ai eu le déclic après mon titre de championne du monde junior, avant, c'était vraiment de ''l'athlé'' pur plaisir : les amis, les compétitions, les stages. Les choses ont pris des dimensions différentes parce que les équipementiers viennent te voir, les journalistes s'intéressent à toi...

 

Lorsque vous apprenez votre grossesse, pensez-vous alors poursuivre votre carrière?

 

Ah oui, oui, oui ! J'ai appris ma grossesse pendant les Jeux Olympiques d'Athènes en 2004 et je savais déjà que j'allais revenir à l'entrainement, reprendre la compétition. Je ne pensais tout de même pas que ça serait si difficile! Mais alors pas du tout (rires)! Mais je n'allais pas m'arrêter à 26 ans ! Ç’a été dur mais je me suis dit que j'étais jeune et qu'il était hors de question que j'arrête. C'est ce que j'ai toujours fait et j'avais encore d'autres ambitions. C'est sûr qu'à un moment, on baisse les bras, mais la passion, justement, prend le dessus et aide à continuer.

 

Votre passage sur 400 mètres vous amène vers une carrière différente, vos revenus doivent être également différents. Comment vivez-vous ce changement de statut?

 

Je le vis bien, à vrai dire. Certes, je n'ai plus le même statut qu'à l'époque ou je marchais bien sur ''200'' mais je n'en suis pas étonnée, je sais que les choses se passent comme ça. J'ai passé la trentaine. Les équipementiers ne s'intéressent plus trop aux athlètes de mon âge. Ça ne m'empêche pas d'être toujours autant motivée. De toute façon, je ne me suis jamais dit que j'allais faire de l'athlétisme pour gagner de l'argent. Forcément, c'est venu avec les résultats, mais ce n'était pas le but premier. Mon but était avant tout d'atteindre mes objectifs sportifs, de m'entraîner car j'aime l'entrainement. Derrière, jJ'ai eu la chance d'avoir des contrats me permettant de vivre de ma passion. Aujourd'hui, je découvre une discipline que je ne connaissais pas. Je ne pouvais pas imaginer une marge de progression sur 200 mètres à 32 ans. C'est ce qui me motive, cette marge que j'ai sur ''400'' et comme je l'ai dit, j'aime l'entrainement. Je prends autant de plaisir qu'auparavant car j'aime ce milieu.

 

Avez-vous une idée de reconversion pour votre après-carrière?

 

Une idée ? C'est sûr que j'y pense de plus en plus vu que je suis sur la fin de ma carrière. J'ai différents projets qui peuvent être difficiles à réaliser. J'ai toujours été salariée, même très jeune, dans la fonction publique avec la ville de Paris, puis la ville de Bobigny et après je suis passé  à la ''Ligue pro''. C'est vrai qu'en ce moment c'est ''LA'' question que je me pose, ce que je vais faire, ce que j'aimerais faire. Finalement, il s'agit juste de rentrer dans la vie normale, d'avoir un boulot et des horaires de bureau mais... Je n'y crois pas car, pendant 15 ans, j'ai vécu sur un mode de vie sans ces contraintes. J'hésite à créer une crèche privée ou une marque de vêtements pour enfants mais j'ai peur de me casser les dents sur un tel investissement.

 

Propos recueillis par Samuel Coco-Viloin

 

Palmarès international de Muriel Hurtis:

 

2011 : Bronze, 4 x 400 m Championnats d'Europe en salle - Paris (FRA)

2004 : Bronze,  4 x 100 m Jeux Olympiques - Athènes (GRE)

2003 : Or,  4 x 100 m Championnats du monde - Paris-Saint-Denis (FRA)

2003 : Bronze,  200 m Championnats du monde - Paris-Saint-Denis (FR A)

2003 : Or,  200 m Championnats du monde en salle - Birmingham (GBR)

2002 : Or,  200 m Championnats d'Europe - Munich (GER)

2002 : Or,  4 x 100 m Championnats d'Europe - Munich (GER)

2002 : Or,  200 m Championnats d'Europe en salle - Vienne (AUT)

2001 : Argent, 4 x 100 m Championnats du monde - Edmonton (CAN)

2000 : Or, 200 m Championnats d'Europe en salle - Gand (BEL)

1999 : Argent, 4 x 100 m Championnats du monde - Séville (ESP)