Objectif Londres

Mamoudou Hanne : Un trou de souris vers la lumière

Découvrez le portrait de Mamoudou Hanne, coureur du relais 4x400 m

© AFP

Inconnu du grand public, Mamoudou Hanne a crée la sensation lors du relais 4x400 mètres à Bercy. En débordant ses concurrents par l'intérieur, il contribue au sacre européen en salle de l'équipe de France. Portrait d'un talent caché.

 

« Je viens d'une grande famille », aime répéter le longiligne athlète parisien. Né le 6 mars 1988 à Segou, au Mali, Elimane Mamoudou Hanne arrive en France en 1998. « Ma famille est venue pour travailler, gagner de l'argent et espérer une vie meilleure en retournant au pays après. Aujourd'hui, je vis avec ma mère et mon père est au Mali.» Sa mère, Mamoudou lui doit beaucoup et le fait savoir : « Je ne serai pas là sans elle, elle m'a beaucoup apporté ».  A 12 ans, il commence l'athlétisme. Et son esprit de compétiteur se révèle déjà. « J'aimais bien courir, voir qui était le plus rapide, la conquête... Quand on est jeune, avec les copains, on ne pense pas que ça peut devenir un métier. »

 

Malgré des débuts avec un groupe de coureurs sur route au Plessis-Robinson (92), l'athlète s'oriente vite vers le sprint court. « Je suis arrivé sur 400 mètres par hasard. En 2005, je m'étais qualifié sur 200 mètres pour les championnats de France cadets et à deux semaines du championnat, j'ai demandé à mon entraîneur de l'époque si je pouvais remplacer une course prévue contre un 300 mètres. » Le déclic se produit. Contrairement à son coach, Mamoudou est persuadé qu'il est fait pour le sprint long. Ses saisons en catégories jeunes sont un mélange de succès prometteurs et de déceptions, dues notamment, selon lui, à un manque d'ambition de son entraineur qui ne voit pas le potentiel du jeune homme.

 

En 2008, c'est l'envol pour Orlando, en Floride. Mamoudou arrête les études et tente l'aventure américaine. « C'est là que les problèmes ont commencé, la descente aux enfers !», commente-t-il. Après avoir participé aux championnats du Monde en salle à Valence pour le Mali, il prépare les Jeux Olympiques de Pékin lorsque survient une fracture de fatigue sous le pied. Le nouvel élève de Denis Mitchell ne fera pas mieux que 48 secondes sur le tour de piste à son retour en France. En 2009, malgré des progrès à l'entrainement qui l'amènent à croire à une belle carrière, le tout récent naturalisé français est victime d'une élongation à l'ischio-jambier suivie d'une pubalgie. Le salut viendra de celui qu'il appelle « son sauveur », Hervé Stephan, dont il rejoint le groupe à l’été à titre d'essai. « Juste avec quelques explications, quelques mots, j'ai appris à courir différemment. Le travail physique avait déjà été fait aux États-Unis mais Hervé m'a beaucoup aidé mentalement à aborder un 400 mètres. Après deux semaines seulement, j'égale mon record de 2005. J'ai alors décidé d'intégrer le groupe en 2010. »Apaisé, le rapatrié reprend ses études d'Eco-gestion et décroche sa première sélection en équipe de France pour les championnats d’Europe à Barcelone.

 

Cet hiver, le voile semble s'être levé sur ce malchanceux chronique avec la consécration collective sur 4x400 mètres à Bercy. Un sacre dont il sera l’un des acteurs déterminants en débordant ses adversaires par l’intérieur lors de son relais.  « Je ne m'attendais pas à autant de retombées médiatiques. C'est sûrement dû aussi à Patrick Montel et l'image du ''trou de souris'' qu'il a utilisée. Les gens retiennent ce genre de phrase. J'en ai étonné beaucoup qui ne m'attendaient pas à un tel niveau mais pour moi, c'était normal de courir comme je l'ai fait. Quand j'ai pris le témoin, j'ai réfléchi, j'ai vu les adversaires partir vite, je me suis dit que c’était de la salle, qu’il pouvait y avoir des dégâts à l'arrivée. » Aujourd’hui, cet amateur de rap américain ne rêve plus mais ambitionne de devenir médaillé mondial, olympique ou européen. A seulement 23 ans, ces objectifs pourraient bien être fondés.

 

Samuel Coco-Viloin