Objectif Londres

Romain Mesnil se met à nu

Le perchiste tricolore Romain Mesnil se met à nu

© AFP

Le plus médaillé des athlètes français en activité est aussi le plus déroutant. A 32 ans, ce père de famille jamais à cours d’idées porte sur l’athlétisme un regard attentif et personnel. Il s’est prêté avec malice au jeu de l’interview « Ça fait quoi ? »

Romain, ça fait quoi de partager le podium des championnats du monde, en août dernier à Berlin, avec deux perchistes, Steve Hooker et Renaud Lavillenie, plus jeunes de neuf et cinq ans ?

« C’est vrai, ils sont beaucoup plus jeunes que moi. Je crois même que j’étais le plus vieux de la finale. Mais l’âge, finalement, est seulement dans la tête. Moi, j’ai commencé à gagner des médailles à presque 30 ans. En 2005, à 28 ans, je sortais d’une longue période de blessures et j’étais prêt à arrêter ma carrière. Aujourd’hui, je suis encore là car je suis accro. J’ai encore envie de savoir jusqu’où je peux aller, avec mes qualités physiques et mentales. Je n’ai toujours pas fait le tour de la question. »

Ça fait quoi, de courir nu dans les rues de Paris ?

« Sur le moment, je me suis mis dans la peau d’un acteur. J’ai toujours été plutôt timide. Plus jeune, j’étais même très pudique. Pour relever ce défi, j’ai dû dégoupiller une partie de moi-même. Je me suis dit que c’était un délire, qu’il fallait le faire à fond. Mais le plus difficile, finalement, n’a pas été de courir nu avec ma perche dans les rues de Paris, mais de poster la vidéo sur internet sans donner la moindre explication. Là, j’ai eu peur du regard des autres. »

Ça fait quoi de voir un autre perchiste français, Renaud Lavillenie, plus jeune de presque dix ans, passer 6,01 m ?

« Ça m’a fait mal. J’ai déjà été sous le choc de le voir franchir 5,96 m, car il était alors plus haut que moi. Et j’ai reçu un autre coup de bambou à 6,01 m. Devenir le numéro 2 français m’a vraiment giflé dans mon orgueil. Jusque-là, j’étais le chef du bac à sable, et tout d’un coup j’en étais chassé par un autre. Je me demandais comment j’allais réagir, si j’allais être boosté ou cassé. J’ai appris sur moi-même, avec cette épreuve. Et je crois avoir su répondre, en devenant champion de France puis en terminant deuxième aux Mondiaux. »

Ça fait quoi, d’être toujours sur la deuxième place du podium, aux Mondiaux en 2007 et 2009 comme aux championnats d’Europe en 2006 ?

« Les deux premières fois, la médaille d’argent m’a fait plaisir. J’étais sur la boite. Je le prenais comme une grande réussite, l’aboutissement d’une carrière. Mais à Berlin, je voulais aller plus loin, je recherchais le titre. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de ressentir une pointe de déception. Gagner procure un plaisir différent, la sensation d’être allé au bout, de n’avoir aucun regret. Je l’ai ressenti une fois, en 1999, aux championnats d’Europe espoirs. Maintenant, je veux le revivre. »

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