Les athlètes migrateurs
© DPPI
En cette période hivernale, ils sont nombreux à avoir parcouru des milliers de kilomètres pour partir s'entraîner sous des latitudes plus clémentes. Mais pourquoi les athlètes fuient-ils donc la France en hiver ?
La chaleur ! Voici le premier argument avancé par les concernés. Il est vrai qu'à cette période de l'année, les conditions climatiques ne sont pas les plus propices à la performance. C'est en Afrique du Sud que l'entraîneur national d'épreuves combinées Sébastien Levicq s'est exilé avec sept de ses protégés dont Antoinette Nana Djimou Ida, médaillée de bronze aux championnats d'Europe en salle de Turin. Ce déplacement a un double intérêt, physique et psychologique « C'est une période de transition entre la préparation physique lourde et le travail de vitesse violent. Pouvoir effectuer cette transition sous un bon climat avec de bonnes conditions matérielles telle qu'une piste en herbe est un avantage. D'un autre côté cela permet aussi de couper avec le ''train-train'' quotidien dont les athlètes commencent à avoir un peu marre », explique Sébastien Levicq.
C'est dans le même centre sportif de Potchefstroom, à 120 kilomètres au sud de Johannesburg , que François Pépin a profité des conditions pour préparer ses huit athlètes présents, entre la mi-novembre et la mi-décembre. L'objectif est clair : c’est le travail avant tout. « C'est un endroit où l'on bosse bien. Il n'y a pas de distraction autour, on n'est pas là pour des vacances », raconte Leslie Dhjone. Le coach, lui, apprécie également l'isolement du site. « Ici les athlètes n'ont que l'entraînement en tête, ça facilite la récupération. Ils n'ont pas de déplacements à faire ou d'activités annexes. Je ne veux pas les ''fliquer'' mais simplement les mettre dans des conditions professionnelles. D'autant plus que l'acclimatation à 1 400 mètres d'altitude les oblige à être sérieux et précautionneux, car le moindre écart les mettrait en difficulté », analyse François Pépin.
Autre lieu et autre ambiance… Romain Barras et ses coéquipiers ont, eux, trouvé refuge à St-Denis de la Réunion du 22 novembre au 6 décembre dernier. Pour le champion d'Europe du décathlon, il était primordial de changer d'air. « On partait souvent en Afrique du Sud mais c'était vraiment trop focalisé sur l'athlétisme : il n'y avait rien d'autre à faire et ça ne me convenait plus. Je commence à ressentir une lassitude de la piste toute l'année. C'est très dépaysant et agréable de pouvoir s'entraîner en pleine nature, à 35°C, au pied d'un volcan avec vue sur des cascades. On voulait vraiment sortir du stade et ça a fait du bien à tout le monde.» Deux semaines plus tard c'était au tour des meilleurs perchistes français d'investir les lieux. Sur place, Renaud Lavillenie a profité de la chaleur pour se changer les idées, faire le point en rencontrant d'autres entraîneurs et voir où il se situait par rapport à la concurrence nationale. « Cela sert de rupture dans l'entraînement qu'on ne va pas qualifier de ''barbare'' mais qui est tout de même assez lourd. Et le froid qui règne en France pendant l’hiver contribue encore plus à installer une certaine routine. Là, nous étions tous ensemble. J'aime cette émulation, ça permet de voir autre chose dans une période difficile. »
Au Maroc, c'est au Centre National d'Athlétisme de Rabat que Bruno Gajer a emmené ses 14 spécialistes de sprint et de demi-fond. « On a une contrainte importante au demi-fond qui est la dureté du sol et nous savions qu'il y avait ici trois types de piste sur place qui nous conviendraient, en plus d'une forêt adéquate, raconte le coach. Nous nous entraînons habituellement dans la salle de l'INSEP donc ce n'est pas dit que ce soit mieux de faire les séances spécifiques ici où là-bas, mais ça fait du bien au moral des troupes de changer de luminosité parfois. » Bref, comme le chantait Charles Aznavour, la misère est moins pénible au soleil !
Samuel Coco-Viloin

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