Ma vie de famille : Kafétien Gomis
© DPPI
Nos champions ont aussi une vie de famille à côté de l’athlé. Premier à inaugurer cette série, Kafétien Gomis qui est devenu cette année papa d’un petit Macéo et vice-champion d’Europe de saut en longueur.
Comment avez-vous vécu la grossesse de votre compagne ?
« Je suis dans un cas particulier car je me suis installé à l'INSEP, à Vincennes, où je m’entraîne, alors que ma compagne est, elle, restée à Saint-Quentin, dans l’Aisne. Nous avons appris qu’elle était enceinte deux semaines après que j'ai fait le choix de rejoindre la capitale. Je pouvais encore annuler mais j'ai poursuivi les démarches, avec son consentement bien sûr. Du coup, je n’étais avec elle que deux jours par semaine à la maison et le reste du temps à Paris pour m'entrainer. J'avais le sentiment d'être à la fois présent et absent durant la grossesse, qu'elle a finalement vécue seule. Ça n'a pas forcément été dur pour moi. Ça l'était sûrement plus pour elle. Même si elle n'est pas sportive, elle comprend mon choix. On pourrait croire que j'ai fait un sacrifice mais c'est elle en réalité qui l'a fait et le fait encore aujourd'hui. Et puis je pense que les hommes gèrent mieux la distance que les femmes ! (rires) »
Et aujourd'hui, comment se déroule la vie de famille ?
« J'ai toujours la même organisation que pendant la grossesse, sauf qu'il y a le bébé maintenant et il change tellement vite que je passe à côté de certaines choses. Ma femme m'appelle pour me dire « Macéo a fait ceci ou cela » : c’est frustrant ! Donc nous réfléchissons à prendre un appartement sur Paris afin de concilier la vie de famille et mon objectif sportif, les Jeux Olympiques de Londres en 2012 ».
Vos objectifs sportifs n'ont donc pas été bouleversés par cette nouvelle venue ?
« Non car je refuse de faire des changements de plan en fonction de ma vie familiale. Pour être sportif de haut niveau, il faut être égoïste. Et pour être sportif de très haut niveau, il faut être très égoïste ! Il faut penser à soi plus qu'aux autres. Le problème c'est que les autres, ce sont les amis, la femme, les enfants... Je me dis que c'est juste pendant une petite période de la saison, de la carrière, mais que c'est nécessaire. C'est à double tranchant car on peut gagner la médaille et perdre la famille ou l'inverse. Ma femme me soutient dans ce choix, donc tout roule ! »
C’est un soutien qui compte beaucoup pour vous ?
« Évidemment, cela m’a aidé à obtenir la médaille à Barcelone. A un moment crucial de la saison, j'ai pu me concentrer à 200% car elle a su se gérer seule. Par exemple à sa sortie de la maternité, j'étais déjà reparti en compétition. Rentrer seule à la maison avec un bébé, ce n'est pas facile à vivre pour une femme, surtout quand c'est le premier. C'est aussi pour ça que j'essaie d'être auprès d'elle au maximum ».
Vous avez changé de look au moment de la naissance de votre fils, en juin dernier. Pourquoi ?
« J'ai coupé mes dreadlocks à la naissance de mon fils. Bien que je ne sois pas de confession rastafari, c'est en référence à l'une de leurs coutumes que j'ai fait ce geste. Les rastas se rasent les cheveux lors d'un deuil. Moi à l'inverse, j'ai rasé les miens pour célébrer la vie avec l'arrivée de mon fils. ».
Avant votre dernier saut, à Barcelone, vous avez joué avec la tétine de votre fils. Cela a-t-il influencé votre performance ?
« Quand j'ai mis la tétine de mon fils dans la bouche avant mon dernier saut je me suis dis: « Tous ces sacrifices... » Tu changes de statut quand t'es papa, tu sais pourquoi tu te lèves quand t'es papa ! L'athlétisme prend un autre sens. Tu ne peux pas te permettre d'échouer : il faut que ton fils soit fier de toi. C'était une façon de remercier ma compagne, de faire en sorte que ses sacrifices n'aient pas été inutiles, car c'est bien beau de faire des sacrifices mais s'il n'y a pas de résultats derrière, ça ne sert à rien ».
Doit-on vous souhaiter d’avoir un bébé avant chaque prochaine grande échéance ? Car cela semble plutôt bien vous réussir !
« Ce ne serait pas un frein à ma pratique car le bébé ne sera pas dans mon ventre. Un enfant porte-bonheur par championnat, je dis oui ! Mais dans ce cas, pour ma copine, j'espère ne pas continuer jusqu'en 2016 ! »
Propos recueillis par Samuel Coco-Viloin

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